Le Grincheux

"Si haut que l'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul" (Montaigne)

Le peuple en otage par les mots

populisme-alan-retman-3b93510fc8294bd949906305f53141c328

On accroche de plus en plus souvent le terme “populiste” à certains personnages publics. Évidemment qui se surprendra qu’on colle cette étiquette au candidat Trump lui qui est portant davantage le représentant « de lui-même » que de celui du peuple. Récemment le journaliste Fabien Deglise du Devoir qualifiait la victoire de Jean-François Lisée de « triomphe du populisme ».

Mais au fait que veut-on dire quand on étiquette quelqu’un d’être populiste.

Le terme tire son origine du latin (populus, i) qui désigne un ensemble d’êtres humains ayant le même territoire et la même culture. Au début du siècle dernier. le mot « populisme » est apparu et il désignait généralement  une position politique où on prend le parti de la population contre les élites. Il n’y a donc là-dedans rien de bien méchant puisqu’en elle-même toute démocratie est toujours en quelque sorte une prise de pouvoir par le peuple.  Depuis les années 1980, plusieurs mouvements et partis considérés comme populistes ont d’ailleurs connu beaucoup de succès dans de nombreuses démocraties du monde.

Réal Caouette

Réal Caouette

En Europe surtout, le populisme désigne aujourd’hui un discours politique de droite énonçant des solutions de facilité à des problématiques complexes, le tout sous l’aspect d’un bon sens apparent. Il est donc synonyme de démagogie, en cela qu’il propose des moyens « évidents mais faux » reposant eux-mêmes sur une logique facilement compréhensible par la population.

Au Québec, le seul mouvement « populiste » qui pourrait répondre à cette définition un peu étroite du terme, est le mouvement du Crédit Social de Réal Caouette qui prônait l’impression en surabondance de monnaie comme solution économique à l’appauvrissement de la classe moyenne.  Rappelons qu’il  a tout de même réussi à faire élire vingt-six députés à la Chambre des Communes au début des années 60.

La peur du peuple

Le journaliste français Éric Dupin souligne bien dans un article qu’il a récemment écrit sur le sujet que: « .. l’obsession de certains milieux à dénoncer le «populisme» n’est-elle pas le signe d’un rejet du peuple à peine dissimulé. … Cet usage très politique du vocable populiste s’inscrit dans de vieilles représentations d’un peuple immature et incorrigible, toujours guidé par ses bas instincts, souvent dangereux par ses colères subites, et définitivement incapable de raison. Cette très ancienne critique de la démocratie a trouvé une nouvelle jeunesse avec les tentatives d’imposer un «cercle de la raison» au nom de principes supérieurs indiscutables (Europe, contrainte extérieure, lutte contre les déficits, compétitivité etc.). « 

Plus récemment, toujours au Québec, le mot « populiste » est devenu une espèce d’insulte politico-sociale largement tolérée sur les médias et généralement proférés par des gens qui s’estiment de gauche. Comme l’a fait Deglise dans son article, on qualifie de « populiste » quelqu’un qu’on souhaite discréditer comme s’il s’agissait d’une maladie honteuse. « Prendre le parti du peuple » est alors vu comme un acte d’opportunisme et  une trahison de la raison qui devrait guider les choix politiques. Et pourquoi le peuple n’aurait-il pas de temps en temps raison dans les choix qu’il dicte à ceux et celles qui doivent le représenter.

Quand Deglise affirme que la victoire de Lisée est le triomphe du populisme, il reproche en fait au candidat d’avoir pris en compte l’opinion de la population sur les questions identitaires et d’avoir modelé les siennes en accord avec ces opinions. Ce faisant il porte un jugement idéologique sur les positions défendues par Lisée (qu’il ne partage visiblement pas), mais est-il nécessaire d’ajouter que cela n’a rien à voir avec son travail journalistique.

Pierre M. Lavallée
Saint-Augustin-de-Desmaures

 

 

Navigation des articles