Le Grincheux

"Si haut que l'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul" (Montaigne)

Une larme bien retenue pour les vieux chanteurs yéyés

Les Baronnets

René Angelil et ses Baronnets

Le décès de Pierre Lalonde et, il n’y a pas si longtemps, celui de l’ex Baronnet, René Angelil, ramène à ma mémoire de bien tristes souvenirs. Ces deux figures de proue de la  vague « yéyé » des années 60 ont bâti leur carrière en marginalisant le rayonnement des chansonniers québécois et de leurs célèbres boites à chanson. Je pense notamment à Pierre Calvé et à Pierre Létourneau dont les parcours ont été carrément détournés au profit de ces interprètes yéyé qui n’ont eux-mêmes jamais créé le moindre chanson mais qui ont monopolisé la presque totalité des ondes radiophoniques et, conséquemment, des salles de spectacles.

La recette magique: surtout ne rien créer

Mais quelle était donc la recette « magique » de ces chanteurs dit populaires dont la créativité était inversement proportionnel à leur succès.

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            César et ses Romains le comble du kitch yéyé

Tout d’abord choisir une musique simpliste qui avait connu un succès ailleurs dans le monde. Ensuite et surtout ne pas écrire eux-même la moindre ligne de texte mais plutôt faire appel à un « écriveux » patenté de chansons qui pouvait jeter pèle-mêle des mots en français qui sonnait bien comme la chanson originale. Et tant pis pour le sens des phrases et tout pour la concordance des sons avec la version anglaise de la chanson. Quant l’orchestration, on calquait tout simplement celle de pièce originale et le tour était joué. Le succès du jour était fin prêt. Pierre Nolès (pseudo d’un dénommé Pierre de Gagné) était un de ces « crisseurs » de chansons de la vague yéyé qui se faisait d’ailleurs une gloire de dire qu’il pouvait « écrire » n’importe quelle toune en moins d’une demi-heure. Et des « chansons » il en a écrit des milliers dans le genre de:

« Tu le vois bien, Loulou
Comme une fleur jolie
Tu renais à la vie
Au soleil de chez nous
Ah ! Je ne suis plus jaloux
Et c’est mon cœur, mon cœur qui t’appelle
Il t’est resté fidèle
Viens, ma jolie Loulou ! »

Et que dire de ce chef-d’œuvre d’insignifiance qui a pourtant lancé la carrière de Pierre Lalonde. Une pure traduction d’une chanson américaine à succès dont les paroles françaises représente un comble d’imbécilité en plus de traduire une vison du monde que ne portait aucunement la jeunesse de l’époque. Des paroles qui ajoutent, en quelque sorte, l’insulte à l’insignifiance pour la jeunesse de l’époque qui était justement en révolte contre ce monde de l’argent qui avait guidé, au sortir de la guerre, la génération qui l’avait précédé. 

On n’est pas intelligent, on ne pense qu’à l’argent
Mais comment leur expliquer qu’on n’en n’a pas assez
Ils ne comprendront jamais
Nous on est dans le vent
Nous on est dans le vent
Dans le vent dans le vent
A chacun son temps

Voilà comment de petites vedettes minables ont pris le haut du pavé et ont poussé en coulisse des artistes bourrés de talents quand ils ne les ont pas carrément sortis du métier. Pierre Calvé s’est recyclé dans l’encadrement de photos et Létourneau a survécu grâce à des petits boulots la radio, mais tous deux n’ont jamais arrêté, non seulement de chanter, mais de créer.

Alors s’il faut verser une larme pour le décès de ces fossoyeurs de talents, je préfère garder une petite réserve…..

Pierre M. Lavallée
Saint-Augustin de Desmaures

Juin 2016

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